XXXI CONGRESS - AIX-en-PROVENCE, France - XXXI CONGRÈS

Thursday 20th – Friday 21st September 2001
jeudi 20 - vendredi 21 septembre 2001

 

ENJEUX ET RISQUES DE LA FORMATION DES MEDECINS DANS LES ANNEES FUTURES.

J.H. BARRIER

Président du Conseil Pédagogique, Conférence Internationale des Doyens des Facultés de Médecine d’Expression Française (CIDMEF), Nantes, France.

En préliminaire, quelques considérations générales:

La reconnaissance du caractère scientifique de l’éducation médicale va s’accentuer au rythme des progrès des neurosciences. La psychologie cognitive est actuellement la base fondamentale de l’ éducation (à l’ image de la science médicale, les sciences de l’ éducation sont par essence une science appliquée) ; la psychologie cognitive perdra son caractère réducteur, car elle va étendre son champ d’application à des domaines considérés jusqu’ à présent comme situés en dehors du cognitif pur : les schémas conceptuels mentaux du savoir faire et du savoir être et leur utilisation dans l’ action. L’ enseignant va apporter une priorité à la performance des apprentissages et plus particulièrement à la motivation des formés dans la démarche de formation. L’ axiome « on ne peut pas créer la motivation chez les autres » est déjà remis en question., et des outils de motivation seront créés sur des bases scientifiques expérimentales.
Le conflit entre l’ information et la formation est bien connu (concept d’ « impasse pédagogique » de B Grenier) ; il devient crucial avec internet. L’ information se développe de façon exponentielle et, ce qui est quelque peu nouveau, l’ accès à ces informations suit la même courbe. L’ information peut tuer la formation. La stratégie métacognitive est alors essentielle (savoir ce qu’il ne faut pas apprendre et hiérarchiser le reste).
La prise en compte des besoins de santé de la population des différents pays devient réelle. Chaque faculté définit ses objectifs généraux en termes de responsabilité sociale, et décide de se faire évaluer régulièrement sur l’ atteinte de ces objectifs par des auditeurs externes.
l’ éthique est une base incontournable du fonctionnement des institutions de formation initiale ou continue qu’il s’ agisse de l’ apprentissage de l’ éthique ou de l’ éthique de l’ apprentissage. En particulier, la Faculté affirme sa « citoyenneté ».

La Formation Médicale Initiale ( FMI) :

Le caractère andragogique des études initiales (l’ étudiant considéré réellement comme un adulte) va s’ accentuer à différents niveaux :
- Avec la mise en application réelle du contrat entre la Faculté, l’ enseignant et l’ étudiant. On aura de moins en moins un contrat imposé par l’ institution, mais un contrat élaboré ensemble. L’ étudiant, dès son arrivée à la fac sera considéré comme un professionnel en puissance
- Avec des objectifs institutionnels clairement affichés d’ acquisition de compétences (à soigner, à faire de la recherche, à se former), et non plus d’ acquisition cumulatives de connaissances déclaratives.
- Avec des méthodes d’ apprentissage efficientes ( apprentissage contextualisé ; ABP plus que l’ APP)
- Avec le développement de formats d’ évaluation des étudiants non plus scolaires mais fondés sur l’autonomisation professionnelle (évaluation contextualisée, portfolios).
- Avec la mise en place de l’évaluation des enseignants et des programmes des facultés.

La direction des facultés se libèrera de ses archaïsmes traditionnels universitaires pour devenir plus manageriale ; à côté de la structure de décision (l’ actuelle structure décanale, couplée à l’ administration), on assistera au développement de véritables structures pédagogiques dans les Facultés : c’est ce qui va permettre de valoriser des facultés de plus en plus en concurrence ; les missions et fonctions de ces structures facultaires seront bien définies et fonctionnelles (référentiel CIDMEF) tout en laissant les spécificités locales s’ exprimer. La professionnalisation pédagogique des enseignants de médecine. (référentiel CIDMEF ) en sera la première conséquence positive.

3/La Formation Médicale Continue (FMC)

Il ne devrait pas y avoir de différence d’ approche avec le chapitre FMI en ce qui concerne le fait scientifique, l’ approche andragogique (ici essentielle), etc.
La formation des professionnels est un processus long et difficile qui est freiné par de nombreuses contraintes dont la plupart sont bien connues (financières, administratives etc.). Pour cette raison, la formation doit être basée sur les pratiques individuelles (practice based CME) et l’ évaluation sur les performances des praticiens. La formation formelle est peu efficace ; elle n’est plus qu’un des facteurs qui conduisent aux modifications de pratiques des professionnels.
La grande alliance entre les acteurs de la FMC devra se réaliser dans la transparence, permettant à chacun de jouer son rôle de Maître d’ ouvrage et/ou de Maître d’ œuvre. Le Maître d’ ouvrage est celui qui décide la planification de la formation. Le Maître d’œuvre est celui qui réalise l’action de formation . En tant que financeur, l’ industrie pharmaceutique serait en droit de planifier la formation. , ce qui nuit au principe d’ indépendance et d’ éthique en FMC. Elle doit donc déléguer officiellement sa maîtrise d’ ouvrage . Les autres acteurs (tutelles, université, associations professionnelles, sociétés scientifiques) sont amenées à s’ entendre.
La FMC « obligatoire » ne peut pas se cantonner au suivi d’ actions de FMC agréées (importance d’ appartenir à un groupe de pairs, à un réseau de soins, d’ être formateur) . L’ évaluation des médecins est une démarche essentielle en termes d’ assurance qualité. La recertification de tous les praticiens par des tutelles est impossible (complexité ; coût) et le résultat est illusoire (pas de garantie réelle de l’acquisition d’une expertise professionnelle, mais simple garantie de connaissances minimales) ; cette procédure ne peut s’ appliquer qu’ aux médecins déviants et sera utile sous réserve d’ être suivie de la prescription d’ actions complémentaires de formation.

En conclusion, ces quelques idées ne sont pas de simples hypothèses : elles représentent déjà un courant fort et un véritable cercle vertueux dans certaines sociétés caractérisées par des facultés pilotes ; vouloir rester au modèle traditionnel de l’ enseignement est un risque majeur de cercle vicieux, et d’une démotivation des enseignants et des étudiants.

STAKES AND RISKS OF MEDICAL EDUCATION IN THE FUTURE.

J.H. BARRIER

Chairman of Conseil Pédagogique, Conférence Internationale des Doyens des Facultés de Médecine d’Expression Française (CIDMEF), Nantes, France.

First of all, some general considerations

Recognition of the specificities of medical education is growing with the progress of neurosciences. Cognitive psychology represents today the basis of medical education (same as medical sciences, education sciences are applied ones) ; cognitive psychology will lost its reducing character because it is going to extent its validity to new domains which are considered until now as being outside of cognition : conceptual schemes for skills and behaviour and their running in action.
Teacher will develop a priority for tarining performance and more precisely for student motivation to learn. The axiom « one cannot induce motivation in the other » is already contested and motivation tools will be developed on experimental scientific bases.
Conflict between information and education is wellknowned (idea of « pedeagological stalemate » of B Grenier) ; it becomes a key point with internet.
Information is exponentially growing and, what is somewhat new, the availability of these informations follows the same curve. Information can kill education. Metacognitive strategy becomes essential (to know what has not to be learned and hierarchically organize the rest).
Now taking into account the people care needs is well established in various countries.
Each medical education institution defines its aims with regard to its social responsability and ask for an external evaluation on the achievement of these objectives. Ethics represents a mandatory basis in the organisation and running of these institutions both in pre and postgraduate programs with the two aspects : how to teach ethics, what about the ethics of our teaching ? So the medical education institution claims its citizenship.

Pregraduate education

The fact that pregraduate teaching programs addressed adults (andragogy) will probably become more and more determinant :
- With the effectiveness of contract between institution, teacher and student. It will be less and less enforced by the institution but more and more set up together. Student will be considered as a future professional from the first year.of medicine course.
- With institutional aims clearly defined and claimed focused on achievement of competences (for care, for research, for self education) and not on accumulation of factual knowledge.
- With efficient training methods (conextual learning, PBL)
- With the develpment of evaluation methods for students based on the measure of professional autonomy.(contextual evaluations, portfolios).
- With the establishment of evaluation programs of teachers and institutions.

Faculty staff will liberate from its archaic features and become more managerial ; beside the decision making committees working in relation with the administrative staff, true pedagological committees will develop. This is the condition of the quality of the faculty in a more and more competitive environment. Aims and functions of these committees will be well defined (cf CIDMEF guidelines) with respect of local peculiarities. The pedagological quality of teachers will be the first benefit (cf guidelines).

Postgraduate education

There is no substantial difference between pre and postgraduate medical education with regard to scientific basis, andragigical approach which is here a key point, etc…Professional training is a very long lasting and uneasy process which is unfortunately troubled by wellknowned various contraints (financial, administrative…). For this reason continuing education has to be based on self learning (practice based CME) and the evaluation of physician performance. Formal education is poorly efficient ; it remains only one factor among others which contributes to a really practice improvement.
The great alliance between various actors of CME will have to be clear to allow each one to play its role. One is to decide plannings and the other is to aplly the program. As financial support pharmaceutical companies could wish to plan CME courses but by the way it is noxious with regard to CME independance and ethics requirements. Companies must so formally delegate CME planification. Other actors such as governmental offices, universities, professional societies, scientific societies…) are conducted to match and mutually agree.
Mandatory CME cannot be reduced to the control of CME official agreed courses (value of peer group participation, of involvement in haelth care networks, of being himself a teacher).
Physician evaluation is a key point in the quality insurance process. Recertification of all physicians by official authorities is not possible because of its complexity and cost, and its result woulb be elusive (only cerification of accumulation of minimally required knowledge). This procedure maybe only applied to deviant physicians and it will be useful only if adequate training sessions are prescribed.

In conclusion these ideas are not hypotheses : theyt represent already a strong running and a true virtuous circle in some countries with highly advanced faculties. To stay with a traditional model of teaching constitutes a major risk of vicious spiral with a lost of motivation in teachers and students.