Cette réunion annuelle a été particulièrement riche et dense et nous nallons pas tenter den faire un résumé, ce qui présenterait peu dintérêt et serait forcément réducteur. Nous allons par contre essayer den dégager les principales idées-forces ainsi que les pistes de réflexion et de travail pour lAEPE.
Ce Congrès peut être considéré comme un modèle pour lAEPE et cela à plusieurs titres :
- la nature du thème principal : les réseaux pédagogiques et les technologies de linformation et de la communication (TIC) ;
- le caractère pluridisciplinaire des intervenants et des participants : membres des professions médicales (pédiatre, généraliste, médecin de santé publique, chirurgie pédiatrique, étudiant en formation spécialisée de pédiatrie) et paramédicales (infirmières et puéricultrices), experts en pédagogie et en évaluation appartenant à dautres disciplines médicales ou aux sciences de léducation ;
- la qualité et le haut niveau des interventions.
Les nouvelles technologies de linformation et de la communication (NTIC) qui font lobjet de cette réunion sont au cur même de la raison dêtre de lAEPE. Elles constituent un véritable défi mais aussi une grande chance à saisir pour lAssociation qui doit résolument sengager dans ce mouvement. Ceci revient à nous demander : Comment pouvons-nous devenir des « enseignants professionnels » en pédiatrie (tels que Jacques Henri Barrier les a définis), cest-à-dire des professionnels de la pédiatrie ayant de véritable compétences pédagogiques ? Nous essaierons, à la fin de ce rapport, de faire quelques propositions concrètes en ce sens.
Parmi les idées et concepts développés par les différents intervenants, nous retrouvons de nombreuses convergences avec des notions qui se complètent et senrichissent mutuellement. Nous avons également relevé quelques divergences, au moins apparentes, que nous évoquerons également.
Sur la plan des convergences :
- Pierre Reyes (résumé) a bien fait ressortir dès la première intervention la complexité du concept de besoins et notamment, à côté du manque de connaissances à combler, la nécessité de donner une plus grande place au désir individuel et à la motivation personnelle des apprenants. Dans cette dimension motivationnelle, Pierre Reyes a souligné le désir de laction et le désir de la découverte, conditions de tout apprentissage professionnel de qualité.
- De même, Jean-Louis Bernard (résumé) a mis en avant lintérêt de lapproche constructiviste dont le principe essentiel est laffirmation du caractère individuel et actif de tout apprentissage. Il a également souligné le caractère déterminant des connaissances antérieures et limportance de la dimension émotionnelle de lapprentissage.
- Ceci rejoint la réflexion de Christian Richelme de Nice (résumé) qui, à propos du développement dun réseau de télé-enseignement régional, a fait ressortir les différences des besoins de formation des médecins en fonction de leur mode dexercice mais aussi en fonction de leur âge, la demande des plus jeunes étant nettement plus forte pour les nouvelles technologies.
- Marius Fieschi, (résumé) à propos de la mise en place dun enseignement à distance organisé par la Faculté de Médecine de Marseille, souligne le rôle positif des TIC qui favorisent lautonomie des étudiants et leur permet de développer une démarche personnelle.
- Pour Jacques Henri Barrier également (résumé), la motivation est la clé de lapprentissage. Contrairement aux idées reçues, il estime que des outils de motivation peuvent être créés. Il insiste tout particulièrement sur le fait que létudiant doit être considéré comme un adulte (et lexpression « andragogie » devrait être préférée à celle de « pédagogie » pour désigner la formation des étudiants en médecine) et comme un futur professionnel. Cest pourquoi il propose détablir un contrat clair entre la Faculté, lenseignant et létudiant.
Une des leçons à tirer de ces « convergences » est que lobjectif premier des enseignants en pédiatrie (et des autres enseignants en médecine) nest pas de transmettre des connaissances mais de promouvoir, chez les (futurs) professionnels de la médecine de lenfant, la capacité/ laptitude à « apprendre à apprendre ». Il sagit donc de tenir compte et de sappuyer sur :
- les connaissances antérieures,
- le désir individuel et le degré de motivation des étudiants,
- la démarche personnelle de chaque étudiant en fonction de ses projets et/ou de son mode dexercice,
- et donc de promouvoir lautonomie de chaque apprenant.
Ces leçons concernent en premier lieu les organismes comme lAEPE chargés de promouvoir la culture pédagogique (ou andragogique !) et dont la mission est de susciter la prise en compte par les enseignants des conditions de lapprentissage et lintérêt pour les nouvelles technologies de linformation et de la communication afin de les aider à devenir de véritables « enseignants professionnels ».
A côté de ces convergences dans les notions développées, quelques divergences, au moins apparentes, sont apparues. Cest le cas pour certaines notions abordées par Samuel Johsua et Jacques Henri Barrier:
- Samuel Johsua (résumé)a développé lapproche didactique qui prend en compte les 3 pôles que sont lélève ou étudiant, le professeur ou enseignant et le savoir. Lapprentissage en situation (« sur le tas ») est important voire essentiel mais il sera dautant plus efficace quil pourra sappuyer sur un savoir, sur des connaissances approfondies et spécifiques. Les savoirs jouent le rôle de « bottes de sept lieues » en permettant davancer beaucoup plus vite dans lapprentissage professionnel. Cette approche revalorise limportance des connaissances qui ont été souvent déconsidérées au cours des dernières années par les tenants de lapprentissage par résolution de problèmes.
- Pour Jacques Henri Barrier (résumé) « linformation peut tuer la formation » et il faut sorienter essentiellement vers lapprentissage par résolution de problème, lacquisition des connaissances à proprement parler devant être relativisée. Mais sans doute ne sagit-il que dun angle dapproche différent de la même problématique.
Parmi les autres idées-forces développées pendant ce Congrès, de nombreux intervenants ont mis en évidence et souligné les relations très étroites et très prometteuses qui existent entre les réseaux de soins et les réseaux ou autres approches/stratégies pédagogiques. Un des grands avantages des réseaux de soins est le développement progressif dune culture commune entre les différents professionnels impliqués. Il en est de même pour les démarches pédagogiques qui les accompagnent, la culture commune des professionnels des réseaux de soins favorisant cette orientation chez ceux qui sont impliqués dans les activités de formation. Les points communs entre réseaux de soins et réseaux ou autres stratégies pédagogiques concernent également :
- lapproche pluridisciplinaire et le travail en équipe ;
- la recherche dune culture commune de la qualité des soins et lévaluation de cette qualité qui servent de base à lamélioration des soins et, en conséquence, de la formation des personnels et étudiants qui font leur apprentissage dans les structures concernées ;
- limplication, la participation des usagers aux réseaux de soins, dans le cadre de différentes associations de parents denfants malades par exemple, ce qui favorise lapprentissage de nouvelles relations entre les (futurs) professionnels et les usagers des services de santé au cours des différentes phases dune formation.
En raison des réticences de nombreux professionnels de la santé de lenfant chargés de la formation à sinvestir dans les activités et technologies pédagogiques et à se former en conséquence, un des moyens de susciter leur intérêt et de développer leur motivation dans ce domaine, pourrait/devrait être de sappuyer sur les relations entre les réseaux de soins et la formation, les activités pédagogiques faisant partie intégrante des activités et responsabilités de tout réseau de soins. Ceci constitue certainement une piste de réflexion et de travail importante pour lAEPE.
Parmi les autres idées/notions/concepts abordés pendant le Congrès dAix, nous voudrions encore mentionner :
- Les nouvelles approches pédagogiques et les NTIC présentées par Gérard SOULA (résumé) conduisent à faire évoluer le métier denseignant en médecine (de lenfant), celui-ci devenant de plus en plus un accompagnant de lapprentissage, un tuteur et non un simple transmetteur de connaissances . Christian Richelme (résumé) a toutefois souligné quil ne sagit pas dun nouveau métier à proprement parler mais dune fonction qui évolue et qui doit se professionnaliser (ce qui rejoint la notion denseignant professionnel cher à Jacques Henri Barrier (résumé) comme nous lavons vu précédemment). Il sagit également de faire appel à ou de créer de nouvelles catégories professionnelles dans les facultés de médecine et les autres institutions de formation, telles que spécialistes en NTIC, ingénieurs en informatique, metteurs en scène (comme dans le cas du forum-théâtre utilisé pour la formation médicale continue des pédiatres et qui nous a été présenté dans un document vidéo par Jean Stagnara - résumé).
- Il est nécessaire de faire appel aux différents types de technologies de linformation et de la communication, aussi bien les anciennes (ATIC) que les nouvelles (NTIC) qui sont complémentaires. Comme la souligné Jean-Michel Guys (résumé) à propos de lapprentissage du geste en chirurgie pédiatrique (mais ceci est valable pour tous les apprentissages) il nexiste pas une bonne méthode mais un ensemble de méthodes, complémentaires les unes des autres. Jean-Louis Bernard a mis en évidence lintérêt de lutilisation dune production cinématographique professionnelle pour amener les étudiants à connaître et à sapproprier les droits de lenfant, la dimension émotionnelle du sujet étant servie par la qualité artistique de luvre (résumé) ;
- La rédaction dobjectifs éducationnels, telle quelle a été réalisée en France dans le cadre du Collège National des Professeurs de Pédiatrie (présentée par Jean-Louis Bernard - résumé), constitue un bon modèle dapprentissage dune approche pédagogique par des enseignants. Ce processus sest déroulé en réseau sur un an et a impliqué 20 enseignants en binômes dans plusieurs facultés de médecine. Il a ensuite été validé par lensemble des professeurs français de pédiatrie. Ces enseignants se sont bien sûr appuyés sur des documents existants (dont les objectifs éducationnels en pédiatrie définis en 1994 par un groupe de travail de lAEPE) mais lintérêt de leur démarche réside avant tout dans son caractère participatif et la façon dont ils ont construits eux-mêmes les objectifs de leur enseignement. Une seule réunion commune les a réunis physiquement, les échanges ayant eu lieu essentiellement en utilisant le courrier électronique.
Les applications possibles et souhaitables de toutes ces réflexions et de toutes ces notions sont nombreuses pour les organismes et institutions, comme lAEPE, qui sont chargés de promouvoir lenseignement de la pédiatrie ou, de façon plus large, la formation dans le domaine de la médecine et de la santé de lenfant.
En guise de conclusion, nous voudrions faire les propositions suivantes qui sont autant daxes de travail pour lAEPE pour les années à venir :
1. améliorer les compétences pédagogiques (ou andragogiques) des enseignants en pédiatrie et contribuer à créer un corps denseignants professionnels en pédiatrie ;
2. sappuyer sur les réseaux de soins pour améliorer la formation des (futurs) professionnels de la médecine de lenfant ;
3. promouvoir la création de réseaux pédagogiques sur le plan national et international ;
4. renforcer les liens avec les réseaux et organismes existants :
- francophones : comme le Réseau Pédagogique Francophone de Pédiatrie, lAgence Universitaire Francophone, la Conférence Internationale des Doyens des Facultés de Médecine dExpression Française (CIDMEF) ;
- anglophones : comme le nouveau « Paediatric Education Special Interest Group (PedSIG) » ;
- hispanophones : en contribuant, par exemple, au site Web de lUniversité Nationale du Nord Est à Corrientes en Argentine ;
- lusophones,
Un des rôles de lAEPE pourrait être de servir de pont entre ces différents pôles à loccasion de réunions communes ou en les invitant à participer à ses réunions annuelles.
5. renforcer et alimenter le site Web de lAEPE ;
6. contribuer aux journaux et revues pédagogiques, comme à la nouvelle revue francophone « Pédagogie Médicale » présentée par J.L. Bernard lors de la réunion (résumé);
7. développer les liens et les projets de travail avec les représentants des étudiants en pédiatrie, par exemple avec lEuropean Association of Pediatric Trainees (EAPT) ;
8. développer la collaboration avec les différentes disciplines concernées par lenseignement de la pédiatrie et en particulier les spécialistes des sciences de léducation ainsi que les spécialistes des sciences humaines. LAEPE pourrait inviter systématiquement ces spécialistes à participer activement à ses réunions annuelles, quel que soit le thème abordé ;
9. revoir le fonctionnement des groupes de travail (standing committees) de lAEPE en utilisant davantage les NTIC et élargissant ces groupes à des représentants dautres organismes (comme cela a déjà été le cas avec lESSOP pour lenseignement de la Pédiatrie Sociale) ;
10. créer un nouveau groupe de travail pour étudier les relations entre réseaux de soins pédiatriques et formation en médecine et santé de lenfant ;
11. enfin, envisager de changer le nom de lAssociation (actuellement en français : «Association pour lEnseignement de la Pédiatrie en Europe» et en anglais : «Association for Pediatric Education in Europe») afin, notamment, de tenir compte de la volonté de renforcer les relations de travail avec les autres pays et continents. Le but serait également déviter dutiliser, en français, le terme « enseignement » qui évoque trop lapproche traditionnelle basée sur la transmission des connaissances et ne tient pas assez compte des conditions de lapprentissage et des nouvelles technologies de linformation et de la communication qui ont été si clairement mises en lumière au cours de cette réunion. Les dénominations suivantes ont été proposées :
- en français : Association Européenne pour la Formation (ou lÉducation) en Pédiatrie (AEFP ou AEEP)
- en anglais : European Association for Pediatric Education (EAPE)